Jeanへ

 

久しぶりだね。

 

入院中の兄の顔を見に行って、

最近見つけた、

僕が持っている原本とは違うラカンのディスクールを発見したので、

送ることにしたよ。

妙な図が書かれていたり、

ソルボンㇴ学派やドルトの質問も記載されている。

一読の価値があると思うので、添付することにしたよ。

しかし、6000文字を超えたので、何に掲載されていたかだけでも、

送ることにした。

ごめんね。

 

マリアに宜しくね。

 

Kyo

 

1953-07-08 LE SYMBOLIQUE, L’IMAGINAIRE ET LE RÉEL

 

Cette conférence « Le symbolique, l’imaginaire et le réel » fut prononcée le 8 juillet 1953 pour ouvrir les activités de la Société française de Psychanalyse. Cette version est annoncée dans le catalogue de la Bibliothèque de l’e.l.p. comme version J.L. Il existe plusieurs autres versions sensiblement différentes à certains endroits, dont une parue dans le Bulletin de l’Association freudienne, 1982, n° 1.

 

(1) Mes bons Amis,

 

Vous pouvez voir que pour cette première communication dite « scientifique » de notre

nouvelle Société, j’ai pris un titre qui ne manque pas d’ambition. Aussi bien commencerai-je

d’abord par m’en excuser, vous priant de considérer cette communication dite scientifique,

plutôt comme, à la fois, un résumé de points de vue que ceux qui sont ici, ses élèves,

connaissent bien, avec lesquels ils sont familiarisés depuis déjà deux ans par son

enseignement, et aussi comme une sorte de préface ou d’introduction à une certaine orientation

d’étude de la psychanalyse.

En effet, je crois que le retour aux textes freudiens qui ont fait l’objet de mon

enseignement depuis deux ans, m’a – ou plutôt, nous a, à tous qui avons travaillé ensemble,

donné l’idée toujours plus certaine qu’il n’y a pas de prise plus totale de la réalité humaine

que celle qui est faite par l’expérience freudienne et qu’on ne peut pas s’empêcher de

retourner aux sources et à appréhender ces textes vraiment en tous les sens du mot. On ne

peut pas s’empêcher de penser que la théorie de la psychanalyse (et en même temps la

technique qui ne forment qu’une seule et même chose) n’ait subi une sorte de

rétrécissement, et à vrai dire de dégradation. C’est qu’en effet, il n’est pas facile de se

maintenir au niveau d’une telle plénitude. Par exemple, un texte comme celui de « l’homme

aux loups », je pensais le prendre ce soir pour base et pour exemple de ce que j’ai à vous

exposer. Mais j’en ai fait toute la journée d’hier une relecture complète ; J’avais fait là

dessus un séminaire l’année dernière. Et j’ai eu tout simplement le (2)sentiment qu’il était

tout à fait impossible ici de vous en donner une idée, même approximative ; et que mon

séminaire de l’année dernière, je n’avais qu’une chose à faire : le refaire l’année prochaine.

Car ce qui m’est apparu dans ce texte formidable, après le travail et le progrès que nous

avons faits cette année autour du texte de « l’Homme aux rats », me laisse à penser que ce

que j’avais sorti l’année dernière comme principe, comme exemple, comme type de pensée

caractéristique fournis par ce texte extraordinaire était littéralement une simple

« approche », comme on dit en langage anglo-saxon ; autrement dit un balbutiement. De

sorte qu’en somme, j’y ferai peut-être incidemment une brève allusion, mais j’essaierai

surtout, tout simplement, de dire quelques mots sur ce que veut dire la position d’un tel

problème ; sur ce que veut dire la confrontation de ces trois registres qui sont bien les registres

essentiels de la réalité humaine, registres très distincts et qui s’appellent : le symbolisme*,

l’imaginaire et le réel.

Une chose d’abord qui est évidemment frappant et ne saurait nous échapper ; à savoir

qu’il y a, dans l’analyse, toute une part de réel chez nos sujets, précisément qui nous

échappe ; qui n’échappait pas pour autant à Freud quand il avait à faire à chacun de ses

patients. Mais, bien entendu, si ça ne lui échappait pas, c’était tout aussi hors de sa prise et

de sa portée. On ne saurait être trop frappé du fait, de la façon dont il parle de son

« homme aux rats », distinguant entre « ses personnalités ». C’est là-dessus qu’il conclut :

« La personnalité d’un homme fin, intelligent et cultivé », il la met en contraste avec les

autres personnalités auxquelles il a eu à faire. Si cela est atténué quand il parle de son

« homme aux loups », il en parle aussi. Mais, à vrai dire, nous ne sommes pas forcés de

contresigner (3)toutes ses appréciations. Il ne semble pas qu’il s’agisse dans « l’homme aux

loups » de quelqu’un d’aussi grande classe. Mais il est frappant, il l’a mis à part comme un

* . sic.

1. 1953-07-08 LE SYMBOLIQUE, L’IMAGINAIRE ET LE RÉEL

 

point particulier. Quant à sa « Dora », n’en parlons pas ; tout juste si on ne peut pas dire

qu’il l’a aimée.

Il y a donc là quelque chose qui, évidemment, ne manque pas de nous frapper et qui, en

somme, est quelque chose à quoi nous avons tout le temps à faire. Et je dirai que cet

élément direct, cet élément de pesée, d’appréciation de la personnalité est quelque chose

d’assez <texte manque> à quoi nous avons affaire sur le registre morbide, d’une part, et même

sur le registre de l’expérience analytique avec des sujets qui ne tombent pas absolument

sous le registre morbide ; c’est quelque chose qu’il nous faut toujours, en somme, réserver

et qui est particulièrement présent à notre expérience à nous autres qui sommes chargés de

ce lourd fardeau de faire le choix de ceux qui se soumettent à l’analyse dans un but

didactique.

Qu’est-ce que nous dirons en somme, au bout du compte ? Quand nous parlons, au

terme de notre sélection, si ce n’est que tous les critères qu’on invoque (« faut-il de la

névrose pour faire un bon analyste ? Un petit peu ? Beaucoup ? Sûrement pas : pas du

tout ? ». Mais en fin de compte, est-ce que c’est ça qui nous guide dans un jugement

qu’aucun texte ne peut définir, et qui nous fait apprécier les qualités personnelles, cette

réalité ? et qui s’exprime en ceci : qu’un sujet a de l’étoffe ou n’en a pas ; qu’il est, comme disent

les Chinois, (« She-un-ta ») ? ou « homme de grand format », ou (« Sha-ho-yen ») « un

homme de petit format » ? C’est quelque chose dont il faut bien dire que c’est ce qui

(4)constitue les limites de notre expérience. Que c’est en ce sens qu’on peut dire, pour poser

la question de savoir qu’est-ce qui est mis en jeu dans l’analyse : Qu’est-ce que c’est ? Est-ce

ce rapport réel au sujet, à savoir selon une certaine façon et selon nos mesures de reconnaître ? Est-ce

cela à quoi nous avons à faire dans l’analyse ? Certainement pas. C’est incontestablement autre

chose. Et c’est bien là la question que nous nous posons sans cesse et que se posent tous

ceux qui essaient de donner une théorie de l’expérience analytique. Qu’est-ce que c’est que

cette expérience singulière entre toutes, qui va apporter chez ces sujets des transformations si profondes ? Et

que sont-elles ? Quel en est le ressort ?

Tout ceci, l’élaboration de la doctrine analytique depuis des années est faite pour

répondre à cette question. Il est certain que l’homme du commun public ne semble pas

s’étonner autrement de l’efficacité de cette expérience qui se passe toute entière en paroles,

et d’une certaine façon, dans le fond ; il a bien raison puisqu’en effet, elle marche, et que,

pour l’expliquer, il semblerait que nous n’ayons d’abord qu’à démontrer le mouvement en

marchant. Et déjà « parler » c’est s’introduire dans le sujet de l’expérience analytique. C’est

bien là, en effet, qu’il convient de procéder et de savoir ; d’abord de poser la question :

« Qu’est-ce que la parole ? » c’est-à-dire le « symbole ».

À la vérité, ce à quoi nous assistons, c’est plutôt un évitement de cette question. Et, bien

entendu, ce que nous constatons c’est qu’à la rétrécir cette question, à vouloir ne voir dans

les éléments et les ressorts proprement techniques de l’analyse que quelque chose qui doit

arriver, par une série d’approches, à modifier les conduites, les ressorts, les coutumes du

(5)sujet, nous aboutissons très vite à un certain nombre de difficultés et d’impasses, non pas

certes au point de leur trouver une place dans l’ensemble d’une considération totale de

l’expérience analytique ; mais à aller dans ce sens, nous allons toujours plus vers un certain

nombre d’opacités qui s’opposent à nous et qui tendent à transformer dès lors l’analyse en

quelque chose, par exemple, qui apparaîtra comme beaucoup plus irrationnel que cela n’est

réellement.

Il est très frappant de voir combien de récents et récemment venus à l’expérience

analytique se sont produits, dans leur première façon de s’exprimer sur leur expérience, en

posant la question du caractère irrationnel de cette analyse, alors qu’il semble qu’il n’y a

peut-être pas, au contraire, de technique plus transparente.

Et, bien sûr, tout va dans ce sens. Nous abondons dans un certain nombre de vues

psychologiques plus ou moins partielles du sujet patient ; nous parlons de sa « pensée

magique » ; nous parlons de toutes sortes de registres qui ont incontestablement leur valeur

 

2.1953-07-08 LE SYMBOLIQUE, L’IMAGINAIRE ET LE RÉEL

et sont rencontrés de façon très vive par l’expérience analytique. De là à penser que

l’analyse elle-même joue dans un certain registre, bien sûr, dans la pensée magique, il n’y a

qu’un pas, vite franchi quand on ne part pas et ne décide pas de se tenir tout d’abord à la

question primordiale : « Qu’est-ce que cette expérience de la parole » et, pour tout dire, de

poser en même temps la question de l’expérience analytique, la question de l’essence et de

l’échange de la parole.

Je crois que ce dont il s’agit c’est de partir de ceci :

Partons de l’expérience, telle qu’elle nous est (6)d’abord présentée dans les premières

théories de l’analyse : qu’est-ce que ce « névrosé » à qui nous avons affaire par l’expérience

analytique ? Qu’est-ce qui va se passer dans l’expérience analytique ? Et ce passage du

conscient à l’inconscient ? Et quelles sont les forces qui donnent à cet équilibre une certaine existence ?

Nous l’appelons le principe du plaisir.

Pour aller vite nous dirons avec M. de Saussure que « le sujet hallucine son monde »,

c’est-à-dire que ses illusions ou ses satisfactions illusoires ne pouvaient être de tous les

ordres. Il va leur faire suivre un autre ordre évidemment que celles de ses satisfactions qui

trouvent leur objet dans le réel pur et simple. Jamais un symptôme n’a apaisé la faim ou la

soif d’une façon durable, hors de l’absorption d’aliments qui les satisfont. Même si une

baisse générale du niveau de la vitalité peut répondre, dans les cas limites, par exemple

l’hibernage naturel ou artificiel. Tout ceci n’est concevable que comme une phase qui ne

saurait bien entendu durer, sauf à entraîner des dommages irréversibles.

La réversibilité même des troubles névrotiques implique que l’économie des satisfactions

qui y étaient impliquées fussent d’un autre ordre, et infiniment moins liées à des rythmes

organiques fixes, quoique commandant bien entendu une partie d’entre eux. Ceci définit la

catégorie conceptuelle qui définit cette sorte d’objets. C’est justement celle que je suis en

train de qualifier : « l’imaginaire », si l’on veut bien y reconnaître toutes les implications qui

lui conviennent.

À partir de là, il est tout à fait simple, clair, facile, de voir que cet ordre de satisfaction

imaginaire ne peut se trouver que dans l’ordre des registres sexuels.

(7)Tout est donné là, à partir de cette sorte de condition préalable de l’expérience

analytique. Et il n’est pas étonnant, encore que, bien entendu, des choses aient dû être

confirmées, contrôlées, inaugurées, dirais-je, par l’expérience, qu’une fois l’expérience faite

les choses paraissent d’une parfaite rigueur.

Le terme « libido » est une notion qui ne fait qu’exprimer cette notion de réversibilité qui

implique celle d’équivalence, d’un certain métabolisme des images ; pour pouvoir penser

cette transformation, il faut un terme énergétique à quoi a servi le terme de libido. Ce dont

il

s’agit, c’est bien entendu, quelque chose de complexe. Quand je dis « satisfaction

imaginaire », ce n’est évidemment pas le simple fait que Démétrios a été satisfait du fait

d’avoir rêvé qu’il possédait la prêtresse courtisane… encore que ce cas n’est qu’un cas

particulier dans l’ensemble… Mais c’est quelque chose qui va beaucoup plus loin et est

actuellement recoupé par toute une expérience qui est l’expérience que les biologistes

évoquent concernant les cycles instinctuels, très spécialement dans le registre des cycles

sexuels et de la reproduction ; à savoir que, mises à part les études encore plus ou moins

incertaines et improbables concernant les relais neurologiques dans le cycle sexuel, qui ne

sont pas ce qu’il y a de plus solide dans leurs études, il est démontré que ces cycles chez les

animaux eux-mêmes <texte manque> ils n’ont pas trouvé d’autres termes que le mot même qui

sert à désigner les troubles et les ressorts primaires sexuels des symptômes chez nos sujets,

à savoir le « déplacement ».

Ce que montre l’étude des cycles instinctuels chez les animaux, c’est précisément leur

dépendance d’un certain nombre de déclencheurs, de mécanismes de déclenchement (8)qui

sont essentiellement d’ordre imaginaire, et qui sont ce qu’il y a de plus intéressant dans les

études du cycle instinctuel, à savoir que leur limite, leur définition, la façon de les préciser

 

3. 1953-07-08 LE SYMBOLIQUE, L’IMAGINAIRE ET LE RÉEL

fondées sur la mise à l’épreuve d’un certain nombre de leurres <texte manque> jusqu’à une

certaine limite d’effacement, sont susceptibles de provoquer chez l’animal cette sorte de

mise en érection de la partie du cycle du comportement sexuel dont il s’agit. Et le fait qu’à

l’intérieur d’un cycle de comportement déterminé, il est toujours susceptible de survenir

dans certaines conditions un certain nombre de déplacements ; par exemple, dans un cycle

de combat, la brusque survenue, au retour de ce cycle (chez les oiseaux l’un des

combattants qui se met soudain à se lisser les plumes), d’un segment du comportement de

parade qui interviendra là au milieu d’un cycle de combat.

Mille autres exemples peuvent en être donnés. Je ne suis pas là pour les énumérer. Ceci

est simplement pour vous donner l’idée que cet élément de déplacement est un ressort

absolument essentiel de l’ordre, et principalement de l’ordre des comportements liés à la

sexualité. Sans doute, ces phénomènes ne sont pas électifs chez les animaux. Mais d’autres

comportements (cf. les études de Lorenz sur les fonctions de l’image dans le cycle du

nourrissage), montrent que l’imaginaire joue un rôle aussi éminent dans l’ordre des

comportements sexuels. Et du reste, chez l’homme, c’est toujours sur ce plan, et

principalement sur ce plan, que nous nous trouvons devant ce phénomène.

D’ores et déjà, signalons, ponctuons cet exposé par ceci : que ces éléments de

comportements instinctuels déplacés chez l’animal sont susceptibles de quelque chose dont

nous voyons l’ébauche de ce que nous appellerons un « comportement symbolique ».

(9)Ce que l’on appelle chez l’animal un comportement symbolique c’est à savoir que,

quand un de ces segments déplacés prend une valeur socialisée, il sert au groupe animal de

repérage pour un certain comportement collectif.

Ainsi, nous posons qu’un comportement peut être imaginaire quand son aiguillage sur

des images et sa propre valeur d’image pour un autre sujet le rendent susceptible de

déplacement hors du cycle qui assure la satisfaction d’un besoin naturel.

À partir de là, l’ensemble dont il s’agit à la racine, le comportement névrotique, peut être

dit, sur le plan de l’économie instinctive, être élucidé – et de savoir pourquoi il s’agit

toujours de comportement sexuel, bien entendu –. Je n’ai pas besoin d’y revenir, si ce n’est

pour indiquer brièvement qu’un homme puisse éjaculer à la vue d’une pantoufle est

quelque chose qui ne nous surprend pas, ni non plus qu’un conjoint s’en serve pour le

ramener à de meilleurs sentiments, mais qu’assurément personne ne peut songer qu’une

pantoufle puisse servir à apaiser une fringale, même extrême, d’un individu. De même ce à

quoi nous avons à faire constamment c’est à des fantasmes. Dans l’ordre du traitement, il

n’est pas rare que le patient, le sujet, fasse intervenir, au cours de l’analyse un fantasme tel

que celui de la « fellatio du partenaire analyste ». Est-ce là aussi quelque chose que nous

ferons rentrer dans un cycle archaïque de sa biographie d’une façon quelconque ? Une

antérieure sous-alimentation ? Il est bien évident que, quel que soit le caractère incorporatif

que nous donnions à ces fantasmes, nous n’y songerons jamais. Qu’est-ce à dire ?

Cela peut dire beaucoup de choses. En fait, il faut bien voir que l’imaginaire est à la fois

loin de se confondre avec le domaine de l’analysable, et que, d’autre (10)part il peut y avoir

une autre fonction que l’imaginaire. Ce n’est pas parce que l’analysable rencontre

l’imaginaire que l’imaginaire se confond avec l’analysable, qu’il est tout entier l’analysable, et

qu’il est tout entier l’analysable ou l’analysé.

Pour prendre l’exemple de notre fétichiste, bien que ce soit rare, si nous admettons qu’il

s’agit là d’une sorte de perversion primitive, il n’est pas impossible d’envisager des cas

semblables. Supposons qu’il s’agisse d’un de ces types de déplacement imaginaire, tel que

ceux que nous trouvons réalisés chez l’animal. Supposons en d’autres termes que la

pantoufle soit ici, très strictement, le déplacement de l’organe féminin, puisque c’est

beaucoup plus souvent chez le mâle que le fétichisme existe. S’il n’y avait littéralement rien

qui puisse représenter une élaboration par rapport à cette donnée primitive, ce serait aussi

inanalysable qu’est inanalysable telle ou telle fixation perverse.