Les langues berbères et leurs dialectes6 — ou le tamazight, ou encore « le » berbère, en berbère « tamazight » Écouter (néo-tifinagh : ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ ; tifinagh touareg : ⵜⵎⵣⵗⵜ ; ABL : Tamaziɣt) — forment une branche de la famille des langues chamito-sémitiques (ou afro-asiatiques, ou afrasiennes)7 et couvrent une vaste aire géographique : l’Afrique du Nord depuis le Maroc jusqu’à l’Égypte, en passant par l’Algérie, la Tunisie et la Libye, ainsi qu'une partie du Sahara, et la partie ouest du Sahel (MauritanieMali et Niger)8. Une variante du berbère, le guanche, fut parlée autrefois aux îles Canaries9.

Glottolog recense 27 langues ou dialectes berbères (langues mortes incluses)10.

Le berbère possède son propre système d'écriture, le tifinagh — un alphabet touareg11 issu du libyque, l'alphabet usité par les berbères jusqu'à l'Antiquité tardive en Afrique du Nord —, dont une variante est officiellement utilisée au Maroc, le néo-tifinagh.

Il n'y a pas de chiffres officiels concernant le nombre de berbérophones, mais on estime qu'il existe entre 25 et 30 millions de locuteurs12.

Les langues berbères sont très influencées par l'arabe : d'après le linguiste berbère Maarten Kossmann, l'arabe serait un élément important de la sémantique du berbère, ce dernier possédant par ailleurs un superstrat phénicien13,14,15.

Histoire

Libyque

Le libyque consiste en un ensemble de dialectes parlés en Afrique du Nord dans l'Antiquité par les anciens Libyens (Libyens anciens), et connus par l'épigraphie. Il représente une forme ancienne du berbère16.

Ère almohade

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Articles détaillés : Langue et politique linguistique des AlmohadesLisan al-Gharbi et Histoire du chleuh.

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Période coloniale et post-coloniale

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Durant la seconde moitié du XXe siècle, le nombre de locuteurs berbères se situe entre 30 et 60 % selon les sources. Cette chute s’explique entre autres par la politique linguistique coloniale, suivie de la politique d'arabisation17.

Classification interne

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Le groupe des langues berbères connaît une forte variation interne. On y distingue plus généralement les langues berbères du Nord, les langues berbères de l'Est (bien que parfois considérées comme faisant partie du groupe précédent), les langues touarègues, ainsi que le groupe zenaga-tetserret18.

Langues berbères du nord

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Article détaillé : Langues berbères du Nord.

Le groupe des langues berbères du nord comprend19,20 :

Bien que décrit par Kossmann comme faisant partie des parlers zénètes du nord-ouest de l’Algérie22, le parler des Beni Snous (en) est généralement rattaché aux parlers du Rif, particulièrement le rifain oriental23.

Le nafusi, parlé au nord-ouest de la Libye, autrefois considéré comme faisant partie du groupe zénète, en est exclu par les études récentes, qui le rattachent au groupe des langues berbères de l'Est20.

Langues berbères de l'Est

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Article détaillé : Langues berbères de l'Est.

Le groupe des langues berbères de l'Est, incluses par Kossmann au sein des langues berbères du nord dans le cadre d'un continuum dialectal20, comprend deux sous-groupes24 :

  • un premier sous-groupe incluant le ghadamesi et le tawjilit, caractérisés par la préservation du *β proto-berbère en tant que β24 (devenu h ou disparu ailleurs) ;
  • un second sous-groupe incluant le nafusi, le siwi et les parlers berbères du Fezzan, partageant un certain nombre d'innovations avec les langues berbères du Nord, tel la perte du *β proto-berbère24 et l’évolution du *ă en ə25.

Langues touarègues

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Article détaillé : Langues touarègues.

Le groupe des langues touarègues comprend plusieurs parlers généralement proches et mutuellement intelligibles :

Langues berbères de l'Ouest

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Article détaillé : Langues berbères de l'Ouest.

Le zenaga (parlé par les Zenagas en Mauritanie et au Sénégal) et le tetserret (parlé au Niger par les Kel Aghlal et les Aït Awari (en)) constituent, malgré la distance qui les sépare, un groupe distinct de parlers berbères. Les deux langues, avec quelques milliers de locuteurs pour chacune, sont considérées comme menacées.

Guanche

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Le guanche, langue éteinte au XVIIe siècle et autrefois parlée aux îles Canaries par les Guanches contient un grand nombre d'éléments berbères et y est souvent apparentée. Cette langue demeure toutefois peu documentée.

Répartition géographique

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Maroc

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Article détaillé : Amazighe standard marocain.

Carte linguistique du Maroc montrant les espaces berbérophones.

Le Maroc est le principal26,8,27 État berbérophone. L'article 5 de la Constitution de 2011 a introduit l'« amazighe » comme « langue officielle de l'État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception »28. Dans l'introduction de l'ouvrage Berbères aujourd'hui27, les berbérophones y représentent autour de 16%29,30 de la population tandis que l'administration, se basant sur le recensement général de 2014 effectué par le Haut-Commissariat au plan, indique plutôt un taux de 26.7%31ce qui s'apparente a une baisse du nombre de berbérophones depuis 2014.

L'amazighe est introduite dans les programmes publics et dans les émissions de télévision en vue de faciliter son apprentissage. Certaines bibliothèques, comme celle de la Fondation du roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines à Casablanca, possèdent un fond berbère.

Trois principales variétés du berbère sont parlées au Maroc :

  • le chleuh, par près de 8 million de locuteurs, principalement dans le Haut Atlas Occidental, l'Anti-Atlas, le Souss et le Nord du Sahara32, ainsi que dans les grandes villes comme Casablanca, Marrakech et Rabat parmi les immigrés : c'est la variante berbère qui prédomine33 ; le chleuh a différents sous-dialectes, comme le berbère du Souss (tassoussit, soussiya) et le berbère du Sud-Est marocain ;
  • le tamazight (ou tamazight du Maroc central ; anciennement braber), par 3,3 millions de personnes, principalement dans le Haut Atlas Oriental et le Moyen Atlas34 ;
  • le rifain ou tarifit, par près de 1,5 million de personnes, principalement dans le Rif35.

On trouve également d'autres dialectes, parlés par un nombre restreint de locuteurs comme le sanhadji des Srayr (environ 40 000 locuteurs), le ghomari (environ 10 000 locuteurs dans le Rif) et le berbère de Figuig (environ 30 000 locuteurs).

D'autres parlers distincts existent au Maroc mais sont généralement rattachés à des ensembles plus larges. Les parlers zénètes du Moyen Atlas oriental, sont généralement rattachés au tamazight avec lequel ils sont mutuellement intelligibles. Le parler des Béni-Snassen et celui de la province de Jerada sont quant à eux généralement rattachés au rifain, avec lequel ils sont mutuellement intelligibles.

Le judéo-berbère, rattaché au tachelhit et parlé autrefois par certaines communautés juives, est pratiquement éteint. Il serait néanmoins encore parlé par près de 2 000 personnes en Israël.

Algérie

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Carte des aires berbérophones d'Algérie

L'Algérie compte entre 25 %8,27 et 30 %36 de berbérophones. Depuis le début du XXe siècle l'Algérie est le foyer de la revendication identitaire berbère, notamment à travers la Kabylie, principale région berbérophone du pays. Elle connaît divers printemps berbères, en 1980 et 2001, notamment autour de la question linguistique37. La diaspora algérienne fonde l'académie berbère, une structure associative qui promeut l'alphabet tifinagh, un alphabet touarègue (Sahara algérien, malien, libyen et nigérien). Cet alphabet est progressivement habilité au niveau des aires berbérophones du nord du pays (kabylechaoui...) bien qu'il n'ai pas d'exemple d'usage du tifinagh après l'antiquité en Algérie38,39,40.

Le Haut commissariat à l'amazighité, premier institut officiel au Maghreb destiné à l'étude des langues berbères est créé en 1995. L'Algérie est le premier pays à donner un statut constitutionnel à la langue berbère ; le tamazight est reconnu « langue nationale » dans la constitution de 200241. Du fait de la pratique du tamazight, de sa valeur culturelle dans la société algérienne et du consensus politique autour de la question, la volonté de réforme de la constitution algérienne depuis 2015 constitue une perspective pour son officialisation42Tamazight est finalement promu langue nationale et officielle lors de la révision constitutionnelle algérienne de 2016 (cf. son article 4)43.

Les langues du nord de l'Algérie réparties sur le Tell incluent :

Les langues du nord-Sahara et du Sahara incluent :

  • Le mozabite, est parlé au Mzab, dans le sud : entre 150 000 et 200 000 locuteurs8.
  • Le touareg (c'est-à-dire les variantes tamasheqtamahaqtamajaq) est parlé dans le sud de l'Algérie, (parlé aussi dans le sud-ouest de la Libye, au Mali, au Niger et au nord du Burkina Faso) le pays compte des effectifs touaregs plus modestes qui ne dépassent pas quelques dizaines de milliers de personnes. L’ensemble des populations touarègues avoisine donc le million d'individus47.
  • Le chelha du Sud oranais et de Figuig s'étale sur plusieurs oasis et ksours des deux côtés des frontières algérienne et marocaine entre Mécheria et Figuig. Il est parlé par les habitants sédentaires de ces espaces qui vivent de l'agriculture saharienne et du commerce des dattes.
  • Le tagargrent est parlé dans la région de Ouargla et de N'Goussa ainsi que Touggourt et sa région Righa.
  • Le Zénète du Gourara et de Touat est parlé par 80 000 personnes au Touat en Algérie48. (Teminine, Gouraya).
Ilots berbérophones de l'ouest de l'Algérie.

Plusieurs parlers à travers l'Algérie, restes d'une berbérophonie autrefois plus importante, ont été répertoriés et pour certains étudiés par des ethnologues au début du XIXe siècle, cependant ils furent notés comme étant en voie de disparition et il est aujourd'hui très difficile de savoir s'ils sont définitivement éteints ;

  • Les divers parlers de l'Ouarsenis (Matmata, Haouara, etc.), dont certains seraient[pas clair] encore vivants.
  • Le Bettioui du Vieil Arzew (parler d'origine rifaine), éteint.
  • Le chelha des Achaacha (région de Mostaganem), éteint.
  • Le parler des Ben Hlima (Frenda au sud-est de Mascara), éteint.

Tunisie

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En Tunisie, pays où l'arabe tunisien est la langue maternelle de 98 % de la population, le chelha est parlé dans les villages semi-berbérophones du Sud — CheniniDouiretMatmataTamezretGhomrassen, etc. — ainsi que dans quelques villages de l'île de Djerba (surtout Guellala/IqellalenAjimSedouikech/AzdyuchOuirsighen/Ursighen)49 et les régions de montagnes à Gafsa ou Sbeïtla.

Les mouvements berbères en Tunisie connaissent une montée importante après le  et la révolution tunisienne, plusieurs associations berbérophones se constituant, et des marches qui demandent la reconnaissance de la langue et des droits culturels ayant lieu50.

Mali et Niger

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Le touareg, plus précisément les variantes tamasheq (ou tamashaq) au Mali et tamajaq au Niger51. Les Touaregs représentent environ 10 % de chacune des populations malienne et nigérienne.

Libye

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Les berbérophones représentent près de 10 % de la population libyenne, ils sont concentrés dans le nord-ouest du pays, dans les montagnes du Nefoussa et dans la ville côtière de Zouara52. Le berbère est également parlé à Awjila et Sokna. Le tamasheq est également parlé dans la région de Ghat par environ 17 000 personnes (Johnstone 1993).

Mauritanie

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Le zenaga est parlé à Mederdra. Le tamasheq est également utilisé[réf. nécessaire]. Mais la plupart des non-arabophones de Mauritanie parlent les langues nigéro-congolaises[réf. nécessaire].

Îles Canaries

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Aux îles Canaries se parlait jadis le guanche, aujourd'hui disparu. Une partie de la population actuelle de ces îles espagnoles se revendique berbère mais ne parle de nos jours aucun dialecte de cette langue53. Cette revendication berbère est notamment portée par le Congrès national canarien (CNC), parti indépendantiste canarien, branche politique du mouvement de libération des îles Canaries, le MPAIAC54.

Égypte

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Les Siwis parlent le seul dialecte berbère égyptien, le siwi, présent dans les oasis de Siwa et de Qara. Ces deux oasis du nord-ouest de l'Égypte représentent le plus oriental des groupes berbères55.

Écriture

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Les langues et les dialectes berbères ont eu une tradition écrite, par intervalles, pendant environ 2 500 ans, bien que la tradition ait été fréquemment perturbée par des changements culturels et des invasions. Ils ont d'abord été écrits dans l'abjad libyco-berbère, qui est encore utilisé aujourd'hui par les Touaregs sous la forme tifinagh. L'inscription la plus ancienne date du IIIe siècle av. J.-C. Plus tard, entre environ 1000 et 1500 apr. J.-C., ils ont été écrits avec le script arabe, et depuis le xxe siècle, ils ont été écrits avec l'alphabet berbère latin