Si vous étiez un livreTendre est la nuit, de Francis Scott
Fitzgerald. J'éprouve une vraie fascination pour cet écrivain. Dans ses
romans et dans ses lettres, il y a tout: la joie de vivre, la
mélancolie, la douceur, la folie, la violence.
Un plat d'enfance Les galletas de crema que mon père, un fin cuisinier,
préparait tous les dimanches. Je les partageais avec ma mère et mes
trois soeurs. Je suis née à Buenos Aires, de parents argentins. Ce
dessert a la saveur de robe de mariée grande taille mon pays.
Une musique Les concertos pour clavecin de Bach.
En ce
moment, je les écoute tout le temps. Je suis enceinte et cette musique
m'apaise, qu'elle soit jouée par Glenn Gould ou reprise par Bobby
McFerrin en version jazz.
Un accessoire de mode Les chapeaux! Je collectionne les casquettes
gavroche et les chapeaux cloches des années 1920, que je porte
d'ailleurs dans The Artist.
Une révolte J'exècre les régimes dictatoriaux. Ma famille a quitté
l'Argentine en 1980, quand la junte militaire a pris le pouvoir. Nous
avons dû nous cacher pendant quelque temps. Je n'en ai pas de souvenir.
Mais je sais que, pour reconstruire leur vie en France, mes parents ont
dû abandonner leurs rêves, changer de métier -mon père était
réalisateur, ma mère, avocate-, et je peux encore voir la rage, la
tristesse dans leurs yeux.
Un grigri J'ai toujours des vieilles robes de mariée dentelle
photos dans mon sac: des portraits de ma petite soeur, des cousins de
mon père. Depuis que j'ai rencontré Michel, j'ai aussi des photos de
personnes que je ne connais pas: ses arrière-grands-parents, des oncles.
Cela fait partie d'un travail de reconstruction.
Un gros défaut Je manque absolument de confiance en moi.
J'ai
tendance à me juger, à me rabaisser devant les autres. J'ai besoin de
l'approbation de tout le monde autour de moi, autrement je suis saisie
d'angoisse et je me mets en retrait. Je commence seulement à comprendre
qu'on n'a pas besoin d'être aimée par tous pour être bien dans sa peau.
Un peintre Le Caravage. Je l'ai découvert avec mes parents dans une
église en Italie. Je me demandais de quelle fenêtre jaillissait la
lumière incroyable qui éclairait les visages de la toile. Elle venait de
son pinceau.
Une escapade en amoureux Partout et nulle part. Michel et moi détestons
les "petites habitudes": nous changeons tout le temps de café, de
restaurant. Nous ne sommes jamais partis dans le même endroit. En
vacances, nous montons dans une voiture, parfois pour faire 8 000
kilomètres, sans avoir de destination précise.