Finalement, sortir de la guerre (chapitre160;V) appara?t souvent
illusoire, tant les stigmates du conflit comme le deuil familial ou
civique pèsent sur cette génération des enfants de la guerre. 2 Comment
approcher la guerre vécue par les enfants160;? La question des sources
appara?t d’autant plus prégnante que les enfants feraient partie des
160;sans voix160;, des 160;sans archives160; de l’histoire. Il existe
pourtant plusieurs 160;traces160; enfantines largement analysées par
l’auteur160;: sources bien connues comme les journaux intimes et
correspondances échangées entre le front et l’arrière160;; sources plus
originales comme les travaux d’écoliers, copies notées et annotées,
dessins scolaires présentés comme une 160;forme alternative d’écriture
de soi160;, notamment ceux conservés au musée du Vieux Montmartre.
L’auteur utilise également des sources orales qu’elle réhabilite,
montrant à la fois l’absence de déformation liée au temps passé,
soulignant au contraire l’hypermnésie décelable dans les interviews
menées, entre libération de la parole et possibilité pour les adultes
d’aujourd’hui, enfants d’hier, de lever les tabous du non-dit. Il faut
souligner l’aisance avec laquelle l’auteur opère un va-et-vient
incessant entre les différents corpus qui appuient sa démonstration. 3
Dans les trois premiers chapitres, Manon Pignot propose un parcours à la
fois chronologique et spatial dans cette guerre des enfants, soulignant
combien l’invasion a été un moment clé parce qu’elle construit à la
fois les représentations et les traumatismes pour ceux qui en sont
directement victimes, et ceux qui la vivent par médias interposés. Les
sources directes enfantines laissent percer une certaine
automobilisation des enfants qui tentent de valoriser leur propre place
et leurs propres actions dans l’événement, à l’aulne du sacrifice des
combattants, comme d’autres agents culturels les y invitent, parents ou
ma?tres d’école. survetement lacoste pas cher
Manon Pignot tente de mettre ses sources à distance, distinguant les
écrits intimes des productions vouées à être lues ou regardées par
d’autres, les écrits des gar?ons et des filles qui ne tiennent pas le
même 160;discours de guerre160;. Ana?s Nin par exemple, très loin du
front, fait montre dans son journal intime d’un fort sentiment
patriotique accentué alors par l’ennui et les lectures déréalisantes
justement parce qu’elle se pense inutile. Les enfants confrontés à
l’invasion et à l’occupation, dévoilent quant à eux une guerre 160;au
ras du sol160;, ou l’adaptation à une nouvelle normalité le dispute à la
colère de devoir vivre sous le joug ennemi. 4 La guerre s’installant,
les enfants comme les adultes ont pu être marqués par les pénuries, les
alertes, les bombardements, l’attente dans les caves où toutes les
catégories sociales se mélangent. Ceux des zones occupées vivent la
violence directe des prises d’otage et des exécutions. Mais pour
ceux-là, le regard sur l’ennemi peut être nuancé par l’expérience de la
rencontre directe, en fonction des situations vécues et de la
sensibilité des témoins. Au-delà du 160;barbare160; du discours
dominant, il peut s’incarner et prendre aussi la figure de l’homme ou du
père de famille. survetement homme pas cher
5 Pour tous, mais à des degrés divers, la guerre qui s’éloigne et
l’annonce de l’armistice offrent des temps d’exaltation et de
délivrance, notamment pour les enfants des zones occupées. Ceux-ci
160;sentent160; littéralement leur libération à la vue des avions à
cocardes tricolores qui traversent leur ciel. Sortir de la guerre n’est
pourtant pas chose simple160;: les enfants, tout à la joie de la liberté
retrouvée, doivent pourtant absorber le 160;c?té sombre du
carnaval160;, le 160;retour des pères160;, combattants ou otages, et
réactivent aussi, comme l’ensemble de la société, l’état de deuil pour
ceux, nombreux, qui ont perdu un proche dans le conflit. Là encore,
Manon Pignot s’applique à décrire la variété des situations, la prise en
compte de 160;la séparation, la blessure, le trauma160;, soulignant par
exemple la difficile situation des pupilles de la Nation stigmatisés. 6
à travers l’expérience ou les expériences enfantines, ce sont aussi les
institutions, et en premier lieu l’école et les structures familiales
qui se dévoilent. Car les enfants témoignent aussi par leur production
ou celles qui leur sont destinées, de la société dans laquelle ils
vivent. Les archives scolaires permettent de mieux cerner le r?le de
l’institution dans la manière d’insuffler selon l’auteur la 160;culture
de guerre160; dominante. Basket Prada Homme pas cher
L’imprégnation du discours patriotique se révèle par exemple par cette
correction d’une copie où, à propos du sentiment exprimé envers les
soldats, l’expression enfantine 160;de la pitié160; se change en 160;de
l’admiration160;. 7 Le chapitre160;IV intitulé judicieusement
160;L’invention des pères160; propose une description minutieuse des
modes de relation qui s’instaurent entre les hommes partis en guerre et
revenant pour quelques jours en permission et les enfants qui les
attendent… ou pas. Manon Pignot retrace les étapes de la rencontre entre
le père retrouvé et l’enfant, parfois agé de quelques années, qui ne
conna?t, ou ne reconna?t pas l’homme qui se présente au foyer. Pour
nombre de pères, l’éloignement aboutit paradoxalement à la découverte de
la paternité, à 160;une volonté paternelle d’exister160;. à160;travers
le regard de l’enfant, c’est aussi une http://www.happy-world.fr
rréadaptation difficile au temps de paix, à la reprise du métier, pour
reprendre sa place dans le foyer. Ainsi, nous observons en négatif toute
une société transformée qui cherche un 160;retour à la normale160;. 8
Au final, le lecteur ressort de ce très riche volume porté par un double
sentiment.