Aujourd'hui, les jeunes littérateurs forment réellement une nouvellevariété de la race humaine. Je les vois marqués d'un pli professionnelplus spécial encore que celui des innocents Trissotins de jadis,--bienplus profond que celui des prêtres, des magistrats, des soldats oudes comédiens,--et beaucoup plus redoutable et plus déplaisant. À vingt ans, parfois plus tôt, le mal les prend et ne les lâche plus.Ils commencent par croire,--d'une foi étroite et furieuse defanatiques,--premièrement, que la littérature est la plus noble desoccupations humaines et la seule convenable à leur génie; que lesautres métiers, la culture de la terre, l'industrie, les sciences etl'histoire, la politique et le gouvernement des hommes sont de basemplois et qui ne sauraient tenter que des esprits médiocres; et,secondement, que c'est eux, au fond, qui ont inventé la littérature.Et alors ils fondent des cénacles à trois, à deux, même à un. Ilsrenchérissent douloureusement sur des formes littéraires déjà outrées:ils sont plus naturalistes que Zola, plus impressionnistes que lesGoncourt, plus mystico-macabres que Baudelaire ou Barbey d'Aurevilly;ils inventent le symbolisme, l'instrumentisme, le décadentisme et lakabbale; les plus modestes et les plus lucides croient avoir découvertla psychologie, et ils en ont plein la bouche. Ils se tortillent pourdire des choses inouïes. sac longchamp pliage cuir
Et, sous prétexte d'exprimer des nuances desensation et de sentiment qui, si on les presse, s'évanouissent commedes rêves de fiévreux ou se ramènent à des impressions toutes simpleset notées depuis des siècles, ils font de la langue française un jene sais quoi qui n'a plus de nom.Ils considèrent le monde extérieur en malades, en hallucinés, d'unoeil qui le déforme et le trouble. Les rues de Paris suscitent dansl'esprit de Servaise des visions apocalyptiques, terribles par un jene sais quoi qu'il ne peut exprimer--qu'il n'exprimera jamais--parceque ce je ne sais quoi n'est rien. Il lui arrive quelque chose de fortsimple: il est à la campagne; le printemps lui fait aimer une femme,et son amour lui fait trouver la nature plus belle. Nous connaissonscela. Mais Servaise, lui, n'en revient pas: cette aventure si unie setransforme en un drame physiologique, sentimental et intellectuel,plein de stupéfaction et de mystère, et qui ne se peut traduire àmoins de soixante pages ténébreuses et convulsionnées. Certes, nos pères n'écrivaient pas sans peine. sac longchamp pliable prix Sauf, peut-être, àl'origine des civilisations, la composition littéraire a toujours étéun assez rude travail. Mais aujourd'hui, chez Servaise et ceux de sonespèce, c'est une torture, une lutte atroce, sans trêve, avec destensions de muscles, des vibrations de nerfs, des halètements, dessyncopes, des courbatures...Dans l'_OEuvre_, de Zola, l'artiste ressemblait déjà à un damné deMichel-Ange. Moins sanguins, plus chétifs, plus déprimés, plusnerveux, Servaise et ses pareils font songer à des damnés de Callot.Je prends absolument au hasard, dans le livre de M. sac de voyage longchamp
Rosny,quelques-uns des passages qui nous peignent les labeurs de Servaise:«... Les soirs de lampe, les rudes soirs où la volonté terriblel'entraînait au jeu des phrases, les sorties où les oeuvresgrouillaient dans son crâne comme l'obsession dans l'âme d'un fou...»«.