Mathilde Lévêque s’interroge sur les recherches éditoriales, la
collaboration auteur-illustrateur (chapitre160;IV), l’influence de la
radio, du cinéma, de la presse sur les dispositifs narratifs, la mise en
scène de la fiction (chapitre160;V), aborde enfin les nouvelles formes
du merveilleux (chapitre160;VI). Cela explique que la recherche ne
s’encombre pas des productions à succès (la série des Trilby en France),
des textes littérairement sans intérêt (les éditions de l’Allemagne
nazie), et qu’elle se soucie moins de la réception des livres160;que de
leur écriture. Ainsi, l’?uvre humoristique et caustique de Léopold
Chauveau, si injustement oublié, est citée d’abondance, au contraire
d’Ernest Pérochon, pourtant lu par tous les écoliers de la communale. La
question centrale est de savoir si les auteurs des années160;1920
et160;1930 ont produit en France et en Allemagne la même révolution
d’écriture que, pour la Grande-Bretagne d’avant-guerre, Alice au pays
des merveilles (1865), L’Ile au trésor (1883), Le Livre de la Jungle
(1894), ou Peter Pan (1904). 3 S’appuyant sur des répertoires reconnus
(celui d’Annie Renonciat pour la France), Mathilde Lévêque limite avec
sagesse un corpus potentiellement débordant. Parmi les Fran?ais les plus
cités par son précieux index, on trouve Marcel Aymé, Georges Duhamel,
Fran?ois Mauriac, André Maurois, Charles Vildrac (des écrivains connus)
et deux femmes qui n’écrivent que pour les enfants, Marie Colmont et
Colette Vivier. Les femmes sont plus nombreuses en Allemagne, où le
roman à visée politique et sociale, porté par des écrivain(e)s
communistes, qui trouvent K?stner, pourtant interdit par les nazis, bien
trop bourgeois, va produire des ?uvres très engagées, que leurs plumes
talentueuses parviennent souvent à sauver du didactisme dogmatique. survetement ralph lauren pas cher
Ainsi en160;1931, Ede und Unku (l’amitié d’un fils d’ouvrier au ch?mage
et d’une petite tsigane) d’Alex Wedding (pseudonyme masculin d’une
femme)160;; en160;1938, en pleine guerre d’Espagne, Vier spanische
Jungen, (la vie d’un jeune engagé du c?té républicain) que Ruth Rewald a
tiré d’un reportage in160;situ, et en160;1941 le célèbre Die160;Rote
Zora und ihr Bande de Kurt Held, déjà cité. Cette veine 160;réaliste160;
peut emprunter la voie du merveilleux, comme dans Hans Urian (1924) où
Lisa Tetzner flanque son héros d’un mentor qui est un lièvre volant,
inspiré du lièvre aux oreilles en hélice de Jean-sans-Pain imaginé
en160;1921 par Paul Vaillant-Couturier. Ces livres et bien d’autres,
fran?ais ou traduits, sont publiés par Georges Sadoul dans sa célèbre
collection internationale 160;Mon camarade160;. Hans Urian et
Jean-sans-Pain dénoncent la vie exploitée des ouvriers et des soldats
envoyés dans les usines d’armement ou dans les tranchées, mais en
France, la veine militante est plus encline à dénoncer la colonisation
et le racisme que la perversité capitaliste. 4 Reste que tous les
auteurs du temps souhaitent s’adresser aux160;enfants du peuple (en
fait, aux fils et filles des 160;prolétaires160; habitants les
faubourgs), que Colette Vivier et Vildrac mettent aussi bien en scène
que K?stner et Held. Ils croient parler ainsi à160;tous les enfants dont
leurs fictions mettent en scène l’intelligence, l’imagination, la
sensibilité, le sens de l’humour et la force morale. Cet 160;enfant
rêvé160; doit rallumer le flambeau des espérances qui ont sombré dans
les tranchées de 1914-1918. survetement soldes
Reste que les grandes innovations fran?aises sont
160;formelles160;160;: nouveaux supports esthétiques (le fameux album
carré de Macao et Costage, publié en160;1919, change la relation
image-texte et ouvre la voie à Babar) et nouveaux registres d’écriture
(les histoires loufoques ou 160;surréalistes160; de Delphine
et160;Marinette constituant le modèle du genre). 5 En repérant les
thèmes et genres choisis, mais aussi les procédés utilisés des deux
c?tés du Rhin dans les jeux d’illustration, dans les préfaces, incipit,
dénouements, paratexte, Mathilde Lévêque se heurte aux difficultés
insolubles, inhérentes à l’exercice160;: le lecteur ne partage au mieux
qu’une demi-culture et nombre des ouvrages cités ont sombré dans
l’oubli. Qui a lu aujourd’hui L’Ile Rose ou Les Jumeaux de Vallangoujard
qui plaisaient tant aux bibliothécaires de l’Heure Joyeuse dans les
années160;1930160;? L’auteur doit donc résumer les scénarios, citer des
extraits, présenter les auteurs et les éditeurs, rappeler les
circonstances, traduire les textes ou les titres allemands en faisant
sentir allusions et jeux de mots dans l’autre langue, et maintenir la
balance égale entre France et Allemagne. Ceci ne va pas sans ellipses
(le lecteur se sent alors inculte et frustré) ni redites (les mêmes
extraits se trouvant sollicités selon différents points de vue). On voit
cependant la mine d’informations mises à disposition d’un public
enfermé depuis l’enfance dans sa bibliothèque francophone, envahie de
traductions de l’anglais. Assorti d’une bibliographie et d’un index,
précédé d’une jolie préface d’Isabelle Nières-Chevrel, ce travail
pionnier convainc sans peine que Paul Hazard, suivi par Marc Soriano,
étaient injustement sévères. Un de ses grands mérites est de faire
exister la République de Weimar, créative, combattante, avec ses projets
éducatifs, alors qu’elle n’est souvent dans les mémoires fran?aises que
l’antichambre du nazisme. survetement hydrogen pas cher
On voit aussi combien les concurrences idéologiques stimulaient la
production, en France comme en Allemagne, en ce temps de croissance
160;mécanique160; du lectorat scolarisé. Les écrivains progressistes
souhaitaient ardemment gagner un jeune public jusque-là tenu 160;hors
les livres160;, sans abandonner leur ambition 160;avant-gardiste160; de
création160;: ils ne semblaient pas ressentir de tension entre ces deux
objectifs, tant les ressources d’enfants librement éduqués leur
semblaient inépuisables. Trois générations (et mille enquêtes
sociologiques ou études de marché) plus tard, leurs successeurs
croient-ils toujours que l’on doive inviter les enfants du peuple au
festin des élites160;?""L’expansion coloniale fran?aise en Afrique
subsaharienne a débuté au lendemain des guerres napoléoniennes,
succédant à la traite négrière du commerce triangulaire. L’exploitation
économique nouvelle se voilait d’un dessein 160;civilisateur160;160;:
les Africains ne pourraient rejoindre les Blancs en dignité et
responsabilité qu’en abandonnant leur 160;barbarie première160; et en se
coulant dans le modèle social et culturel du colonisateur, projet à
très long terme et conduit sans nulle hate. Se posait alors la question
cruciale de l’éducation des 160;indigènes160;. Il convenait de les
former à la fois pour les civiliser et pour les rendre aptes à seconder
les projets des ma?tres du jeu. Tout au long de l’histoire de la
colonisation territoriale, entre160;1816 et160;1960, on put observer une
dialectique subtile entre ces deux p?les.